Prédateurs du frelon asiatique : quels animaux le chassent naturellement ?
Le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) dispose de très peu de prédateurs naturels capables de limiter son expansion en France. Arrivé au début des années 2000, il s’est rapidement installé et s’est propagé sans véritable régulation biologique. Quelques espèces peuvent toutefois s’y attaquer, notamment certains oiseaux et des mouches parasitoïdes, mais leur impact reste limité.
Leur impact reste malheureusement très limité. Nous vous présentons ici ce que la science et le terrain nous apprennent sur chacun d’eux.
Les prédateurs naturels du frelon asiatique en France
Plusieurs espèces peuvent s’attaquer ponctuellement au frelon asiatique en France. Aucune ne permet toutefois de limiter sa population à grande échelle, mais ces interactions existent localement et méritent d’être connues.
Les oiseaux capables de chasser ou attaquer les nids
Six oiseaux sont régulièrement documentés comme prédateurs du frelon asiatique en France :
- La bondrée apivore (Pernis apivorus) est le seul rapace capable d’attaquer un nid encore actif. Elle perfore l’enveloppe extérieure et consomme larves et adultes en masse.
- Le guêpier d’Europe (Merops apiaster) capture les frelons en plein vol, les assomme contre une branche pour retirer le dard, puis les avale. Il peut en ingérer un grand nombre chaque jour.
- La pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) attrape des frelons en vol et les empale sur des épines pour constituer ses réserves. Pratique, mais trop rare dans de nombreuses régions.
- Les pics (Dendrocopos sp.) et les pies bavardes (Pica pica) perforent les nids en fin d’automne pour manger les dernières larves. Cette prédation intervient quand la colonie est déjà en déclin.
- La mésange charbonnière (Parus major) ne s’attaque pas aux nids actifs. Elle fouille les nids abandonnés en début d’hiver pour consommer larves et adultes morts.
Pernis apivorus est le principal rapace susceptible de s’attaquer au frelon asiatique. Elle n’est présente que du printemps au début de l’automne, car il s’agit d’une espèce migratrice. Ses populations restent faibles, ce qui limite fortement son impact à l’échelle du territoire.

Les autres prédateurs (araignées, poules, plantes carnivores)
D’autres espèces complètent ce tableau, sans jouer un rôle déterminant.
Certaines araignées-crabes peuvent saisir de jeunes frelons à l’affût ou dans leur toile, mais cela ne concerne que des cas isolés et reste sans effet global.
Des plantes carnivores comme Sarracenia peuvent aussi piéger des frelons lors des années où leur présence est forte. Elles capturent cependant de nombreux autres insectes, ce qui limite leur intérêt comme solution ciblée.
La poule domestique, Gallus gallus domesticus, est également parfois citée parmi les prédateurs, mais son action reste ponctuelle et locale.
Quel oiseau est le plus efficace contre le frelon asiatique ?
Pernis apivorus est l’oiseau le plus efficace contre les colonies. Elle peut s’attaquer directement aux nids encore actifs et consommer larves comme adultes. Cette capacité en fait un prédateur plus complet que les autres espèces.
Merops apiaster chasse surtout les frelons en vol. Il les capture et les neutralise avant consommation, ce qui demande une grande agilité. Cependant, sa présence limitée au printemps et à la fin de l’été, ainsi que ses faibles effectifs, réduisent fortement son impact global.
Voici comment les deux principaux prédateurs aviaires se comparent :
| Oiseau | Mode de prédation | Période de présence | Impact sur les colonies |
|---|---|---|---|
| Bondrée apivore | Attaque le nid actif, mange larves et adultes | Printemps à début automne | Local, mais direct sur la colonie |
| Guêpier d’Europe | Capture en vol, neutralise le dard | Printemps à fin d’été | Ponctuel, sans effet sur la colonie |
Parus major ne chasse pas les frelons adultes en vol. Elle intervient surtout sur des nids abandonnés, où elle peut consommer des larves ou des restes. Elle n’est donc pas un prédateur actif du frelon asiatique au sens strict, contrairement à certaines idées reçues.
Biocontrôle : mouches parasitoïdes et nématodes, des pistes prometteuses ?
Deux organismes naturels sont étudiés pour leur action sur le frelon asiatique, mais leur utilisation à grande échelle reste impossible aujourd’hui.
Conops vesicularis pond ses œufs dans l’abdomen des frelons adultes, surtout chez les femelles au printemps. La larve se développe à l’intérieur de l’hôte et entraîne sa mort. Une colonie peut être fragilisée si une reine est touchée. Cette espèce n’est toutefois pas spécifique au frelon asiatique et peut aussi parasiter d’autres insectes, dont des pollinisateurs.
Les nématodes mermithides du genre Pheromermis ciblent les larves de frelons. Leur cycle est complexe, avec un passage obligatoire par un hôte aquatique avant l’infection. Les contaminations naturelles restent très rares, avec un taux estimé autour de 0,2 %, ce qui limite fortement leur impact.
Une étude publiée dans la revue PeerJ a confirmé que ces nématodes peuvent éradiquer les larves dans certaines colonies infectées. Mais les colonies de frelons sont trop résilientes et les contaminations trop rares pour en faire un outil de biocontrôle généralisé.
Ni l’un ni l’autre ne sont donc exploités aujourd’hui comme solutions planifiées. Leur rôle reste celui de régulateurs naturels mineurs, sans effet mesurable à l’échelle d’un territoire.

La poule peut-elle vraiment réduire la prédation sur les ruches ?
Gallus gallus domesticus est parfois présentée comme une aide pour les apiculteurs. Certaines observations montrent que des individus, notamment la poule noire de Janzé, peuvent capturer des frelons en vol stationnaire devant les ruches.
Ce comportement reste toutefois très variable selon les individus. Toutes les poules ne réagissent pas de la même façon. À ce jour, aucune donnée fiable ne permet d’évaluer son impact réel sur la réduction de la prédation des frelons.
Placer des poules devant les ruches peut donc limiter légèrement le nombre de frelons qui stationnent. Si vous cherchez d’autres méthodes pour protéger vos abeilles des insectes envahisseurs, notre article sur comment enlever un nid d’abeilles sans les tuer aborde aussi la gestion des insectes volants autour des ruches.
Gallus gallus domesticus peut être utilisée comme aide ponctuelle autour des ruches, mais elle reste un complément et non une solution de contrôle. Son efficacité dépend fortement des individus et du contexte. Elle ne permet pas, à elle seule, de supprimer une colonie de plusieurs centaines de frelons, même en présence de quelques poules particulièrement actives.
Pourquoi aucun prédateur ne suffit à enrayer l’invasion ?
Vespa velutina nigrithorax est une espèce exotique envahissante en Europe. En France, aucun prédateur n’a coévolué avec lui pour en assurer une régulation naturelle efficace, contrairement à son aire d’origine en Asie.
En Asie, Apis cerana a développé une défense collective efficace. Les ouvrières encerclent le frelon et augmentent la température autour de lui jusqu’à environ 45 °C, ce qui provoque sa mort par hyperthermie. En revanche, Apis mellifera ne possède pas ce comportement de défense thermique, ce qui la rend plus vulnérable face à cette pression de prédation.
Les raisons pour lesquelles les prédateurs existants ne suffisent pas sont multiples :
- Présence saisonnière : la plupart des prédateurs aviaires ne sont présents qu’une partie de l’année.
- Faibles effectifs : bondrée apivore et guêpier d’Europe sont peu abondants en France.
- Action localisée : même un prédateur efficace n’agit que sur les nids à portée immédiate.
- Résilience des colonies : une colonie de frelons peut atteindre 2 000 individus en octobre, ce qui absorbe facilement les pertes ponctuelles.
- Biocontrôle non exploitable : les parasitoïdes et nématodes identifiés ne peuvent pas être utilisés à grande échelle sans risques pour d’autres espèces.
Introduire Vespa mandarinia est strictement exclu. Ce prédateur naturel de Vespa velutina nigrithorax dans son aire d’origine représenterait un risque majeur de déséquilibre écologique en Europe.
La gestion du frelon asiatique repose donc sur des actions humaines. La destruction des nids, souvent coordonnée avec les collectivités locales, reste la méthode la plus efficace, accompagnée de protections mécaniques sur les ruches. Les prédateurs naturels peuvent aider localement, mais ils ne constituent pas une solution de contrôle à eux seuls.







