Couper l’arbre de son voisin sans autorisation : ce que dit la loi
Non, vous n’avez pas le droit de couper les branches de l’arbre de votre voisin, même si elles dépassent sur votre terrain. C’est une erreur très répandue. La loi française est claire : seul le propriétaire de l’arbre peut intervenir sur ses branches.
Mais vous n’êtes pas sans recours. Le Code civil vous donne des outils concrets pour agir légalement. Voici ce que vous devez savoir avant de saisir votre sécateur ou d’appeler un avocat.
Peut-on couper les branches du voisin qui dépassent sur sa propriété ?
La réponse est non. Un arbre appartient intégralement au propriétaire du terrain sur lequel il pousse. Ses branches, même si elles s’avancent chez vous, restent sa propriété. Couper ces branches sans son accord constitue une atteinte à son droit de propriété.
L’article 673 du Code civil vous donne cependant un droit précis : contraindre votre voisin à couper lui-même ces branches. Ce n’est pas un droit de coupe directe, c’est un droit d’exiger l’élagage. La nuance est importante.
Branches, racines et ronces : des règles différentes
La loi distingue clairement deux situations selon la nature de ce qui dépasse sur votre terrain.
- Les branches ordinaires : vous ne pouvez pas les couper vous-même sans l’accord préalable du voisin. Vous devez lui demander de les élaguer.
- Les racines, ronces et brindilles : vous pouvez les couper vous-même, à la limite séparative, sans demander d’autorisation.
- Les fruits tombés naturellement sur votre sol vous appartiennent. En revanche, vous ne pouvez pas les cueillir directement sur les branches du voisin qui dépassent chez vous.
Ce droit de couper les racines et les branches (par l’intermédiaire du voisin) est imprescriptible. Le voisin ne peut pas invoquer l’écoulement du temps pour s’y soustraire.

Comment obtenir l’élagage de façon légale ?
Voici la démarche à suivre, étape par étape, pour obtenir l’élagage de façon légale et sans vous exposer à des poursuites.
- Discussion amiable : parlez directement à votre voisin en exposant les gênes concrètes (perte de lumière, gouttières bouchées, risque de chute) et en mentionnant l’article 673 du Code civil.
- Accord écrit : si votre voisin accepte que vous réalisiez vous-même l’élagage, obtenez son autorisation par écrit. Cela lève l’interdiction et protège les deux parties.
- Courrier recommandé : en cas d’échec amiable, envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Fixez un délai raisonnable (une dizaine de jours) et annoncez un recours judiciaire en cas d’inaction.
- Médiation : si le voisin refuse, recourez à un conciliateur de justice avant de saisir le tribunal (cette étape est obligatoire pour les litiges inférieurs à 5 000 €).
Service-public.fr propose un modèle de lettre officiel pour demander à son voisin de couper ses arbres. C’est un point de départ utile pour formaliser votre démarche.
Quelles amendes et sanctions risque-t-on ?
Couper les branches de l’arbre du voisin sans son accord, c’est s’exposer à des conséquences financières sérieuses. Le voisin peut saisir le tribunal pour obtenir des dommages-intérêts, en réclamant la valeur de l’arbre, les frais de replantation et le préjudice subi. Certaines sources pratiques évoquent un risque d’amende d’environ 5 000 € pour une coupe illégale de branches, en plus des dommages-intérêts.
Les sanctions sont bien plus lourdes si l’arbre bénéficie d’une protection particulière.
| Type d’arbre | Amende maximale | Sanctions complémentaires |
|---|---|---|
| Arbre ordinaire soumis à autorisation d’urbanisme | 1 500 € par arbre | Remise en état possible |
| Alignement protégé le long d’une voie publique | 3 750 € | Replantation ordonnée par le juge |
| Plantation à moins de 2 m d’une route sans autorisation | 1 500 € (art. R.116-2 du Code de la voirie routière) | Arrachage possible |
| Arbre protégé (Espace Boisé Classé, espèce rare, centenaire) | Jusqu’à 20 000 € | Peine d’emprisonnement possible |
Le juge peut également ordonner une astreinte financière par jour de retard si la remise en état n’est pas effectuée. Les sanctions pénales ou administratives s’ajoutent aux sanctions civiles lorsqu’un espace protégé est concerné.
Comment contraindre son voisin à tailler ses arbres ?
Avant toute démarche, vérifiez la réglementation applicable à votre commune. Le PLU ou les usages locaux peuvent fixer des règles différentes de celles du Code civil. Un passage en mairie suffit généralement pour obtenir cette information.
Démarche amiable et mise en demeure
Commencez par documenter la situation. Prenez des photos datées, notez les gênes concrètes, mesurez la distance entre le tronc et la limite séparative. Ces éléments seront utiles si le litige s’aggrave.
La démarche amiable reste la voie la plus efficace. Si votre voisin est locataire, adressez votre demande directement au propriétaire du fonds : l’entretien des arbres lui incombe généralement. En cas d’échec de la discussion directe, envoyez un courrier recommandé avec accusé de réception, en citant les articles 671 à 673 du Code civil et en fixant un délai précis pour réaliser les travaux.
Médiation et recours judiciaire
Si le voisin ne répond pas ou refuse, une médiation ou conciliation est la prochaine étape. Elle est obligatoire pour les litiges de voisinage inférieurs à 5 000 € avant toute saisine du tribunal. Le conciliateur de justice est gratuit et accessible sans avocat.
En cas d’échec de la médiation, le tribunal judiciaire peut être saisi. Il peut ordonner :
- L’élagage des branches empiétant sur votre terrain (article 673 du Code civil).
- L’arrachage ou la réduction des arbres plantés trop près de la limite (article 672).
- Des dommages-intérêts si un trouble anormal de voisinage est caractérisé.
- Une astreinte financière par jour de retard en cas de non-exécution de la décision.
Si les branches ou les arbres créent un danger pour la circulation ou empiètent sur le domaine public, le maire peut mettre en demeure le propriétaire et faire réaliser les travaux d’office à ses frais (article L2212-2-2 du CGCT).

Distances et hauteurs légales pour planter en limite de propriété
L’article 671 du Code civil fixe deux distances selon la hauteur de la plantation. Ces règles s’appliquent sauf dispositions locales contraires, qui priment toujours sur le droit commun.
| Hauteur de l’arbre ou arbuste | Distance minimale de la limite séparative |
|---|---|
| Plus de 2 m | 2 m minimum |
| 2 m ou moins | 50 cm minimum |
La hauteur se mesure du sol de plantation jusqu’à la cime. La distance se mesure à partir du milieu du tronc jusqu’à la ligne séparative. Pour choisir des espèces qui respectent ces contraintes dès la plantation, consultez notre comparatif cyprès ou thuya, deux essences fréquemment plantées en limite de propriété.
En cas de non-respect de ces distances, votre voisin peut exiger soit l’arrachage, soit la réduction à la hauteur légale (article 672). Mais attention : la prescription trentenaire s’applique. Si un arbre dépasse 2 m depuis plus de 30 ans sans contestation, il n’est plus possible d’exiger son arrachage ou sa réduction pour non-respect de distance. Ce droit de prescription ne joue cependant pas pour les branches ou racines qui empiètent sur votre terrain.
Si vous cherchez des alternatives à planter sans créer de litige futur, les arbres brise-vue à croissance rapide offrent une intimité efficace tout en respectant les distances légales.
Les arbres plantés en espalier peuvent, eux, être placés directement contre un mur séparatif, à condition de ne pas dépasser la crête du mur. Si le mur est mitoyen, chaque propriétaire ne peut y appuyer ses espaliers qu’avec l’accord de l’autre.







